Chalaux d'automne

Un évènement kayak et canoë organisé par didier · Ouvert aux confirmés
didier

Chalaux et châtaignes

L’autoroute arrive aux confins du bassin parisien et traverse les plaines de l’Auxerrois. Puis peu à peu le paysage se plisse comme si un géant avait donné un grand coup de pied dans le tapis de la terre. Alors seulement les éoliennes endormies disparaissent derrière les collines sombres. Le Morvan provoque le mystère et même son nom est peu clair. On en a oublié la naissance. Etymologiquement « une grande forêt noire », mais rien n’est sûr. Les historiens avancent avec prudence quand il s’agit du Morvan. Au cœur du massif, une ligne plus haute de collines couvertes de sapins et dense de feuillus s’étend du nord au sud, comme des vertèbres autour desquelles le paysage s’articule. Sur cette dorsale boisée les hommes ont bâti des barrages et des lacs au cœur de la forêt. Parfois, un barrage ouvre ses portes, et le Chalaux renaît. Les arbres aux pieds couverts d’une mousse épaisse et très verte étendent leurs branches au-dessus de cette petite rivière à l’eau claire et au lit exigu. Sur les berges, hêtres et charmes s’unissent, et la canopée se referme sur les eaux. Le soleil qui fuse fait scintiller les feuilles de bouleaux en petites touches colorées. Quand on longe le Chalaux, les pieds s'enfoncent dans la mousse et font craquiller les feuilles de chênes qui tapissent la terre humide. De petites silhouettes de poupées, rondes et vermeilles. Naviguer sur les eaux du Chalaux à l’automne, c’est évoluer dans le monde de Klimt, un camaïeu de mordoré. Il faut s’en méfier aussi un peu, du Chalaux. Enfin libéré du béton du barrage de Chaumeçon, son cours s’accélère et file, devient peu à peu impétueux et emporte ses flots à l'assaut des rocs. Le kayakiste doit slalomer entre les pierres de granit et les troncs morts qui s’avancent dans l’eau. Dans cette succession de rapides, quelques passages, par leur puissance, se sont fait un nom. D’abord une cassure d’un petit mètre, l’eau chute. On appelle ça un seuil, comme si l’on passait une porte. On entre dans le vif. C’est le passage de La Piscine à Bille, l’eau émulsionnée pétille comme dans un jacuzzi où l’on n’aurait pas trop envie de s’attarder. Plus bas vient la Perte-des-Vaux. C’est un petit val perdu où l’on n’a plus envie de dormir en se laissant doucement dériver : la rivière se resserre et chute dans une étroiture le long de la roche noire. Un endroit où l’eau retient et capture. Comme si l’eau dans sa rage voulait remonter au barrage. Le Chalaux se fait un peu traître alors, et montre sa force. Enfin, Courtibas. Cour-Ti-Bas : trois courtes syllabes pour un ‘S’ en trois virages. Quand on est en bas du rapide, on a perdu trois mètres. Fatigué, le Chalaux s’apaise ensuite, quelques vagues encore, il serpente et se jette dans la lac du Crescent.

Il faut une heure et demie pour remonter à pieds au départ, à travers la forêt. C’est un chemin qu’il faut parcourir les yeux grands ouverts au monde microscopique. A regarder la nature à travers une loupe, on voit les minuscules et fragiles champignons surgir de la mousse. De touts petits chapeaux se balancent au sommet de tiges graciles, et des gouttelettes funambulent sur des toiles d’araignées. Des mousses à tiges étoilées colonisent des mousses plus crépues et denses. Des grosses branches couchées à l’horizontale des arbres abattus mais encore vivants jaillissent des rameaux montant droit vers le ciel, comme les dents déjà feuillues d’un peigne végétal et vivace. Des ilots de châtaigniers ont jonché le sol de leurs fruits, mais les bogues ont été vidées, festin des sangliers. Quelques châtaignes subsistent, brune et brillantes sous les feuilles. Et dans les bogues désertées se réfugient les perce-oreilles. Si l’on s'assoie sous les branches pour écouter la rivière couler... Si l’on s’assoie sous les branches, l’ouïe s’affine et peu à peu se révèlent les bruits de la vie cachée, mini craquètements et fourmillements diffus : le bruit étouffé de la feuille qui se pose sur la souche rongée.

Quand la nuit vient, verts et dorés prennent des teintes sépia, puis grises. Et les couleurs s’éteignent. Les noirs s’installent. Ce n’est plus Klimt mais Soulages.

Il faut avoir vu un feu la nuit dans une forêt pour comprendre la puissance du feu. Home Sapiens n’existe que par le feu. Il faut avoir vu les flammes élargir le cercle des ténèbres. C’est la puissance du feu, la nuit dans un cercle de pierres, que de créer la parole. Et quand les paroles retombent, le crépitement du bois s’élève dans le Wouhouuuu... Wou-Hou-Hou des chouettes qui s’appellent.



Evènement limité à 5 personnes

Photos et vidéos

6 photos
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21 nov. 2019 à 11:07
Quel beau compte-rendu. D'une grande pudeur sur certains exploits néanmoins parvenus à mes oreilles.
18 nov. 2019 à 22:40
Merci Didier et bravo pour ce beau texte. Lisez-le tous !
18 nov. 2019 à 22:25
Le compte rendu du Chalaux est publié
Mathias a publié une photo Photo
Photo - Chalaux d'automne Photo - Chalaux d'automne Photo - Chalaux d'automne Photo - Chalaux d'automne Photo - Chalaux d'automne Photo - Chalaux d'automne
25 oct. 2019 à 19:10
Coline, viens tu !?!?
25 oct. 2019 à 19:10
A la demande du président, l'heure du rdv au club est reportée à 8h00
23 oct. 2019 à 19:03
J'ai une petite bronchite qui me faisait un peu hésiter mais un week-end au vert, ça ne peut pas faire de mal.
23 oct. 2019 à 10:45
Le 23/10 à 10h43 - Source Météo France : deux grands soleils tout jaunes pour ce weekend à Quarré-les-Tombes ! Prudence, cela peut changer, mais on peut-être optimiste...
23 oct. 2019 à 10:41
Coucou Laurent et Coline ! Savez-vous maintenant si vous venez le Chalaux ?
Invité s'est inscrit le 27 octobre 2019 à 21:16.
Armel s'est inscrit le 23 octobre 2019 à 16:15.
LaurentLNF s'est inscrit le 20 octobre 2019 à 16:13.
Mathias et Antoine Faucher se sont inscrits à l'événement le 10 octobre 2019.
didier s'est inscrit le 9 octobre 2019 à 23:16.

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